| Un truc de ouf

La tendance à l’inversion syllabique en France

Every other week, Joël Thibeault writes a column for French learners, as a way of encouraging them to practice their French.

Vous êtes excité! Vous êtes sur le point de vous rendre en France pour la toute première fois. Vous saluez vos parents et amis avant de quitter le pays et, dans l’avion vers la capitale française, vous entendez deux hommes qui ont l’air peu commodes:
«Sa reum la tepu, hier, j’étais chez ma meuf, j’me suis téma un film de tarba, chanmé quoi!»
Vous prenez votre courage à deux mains et vous allez les voir:
—Euh… veuillez m’excuser?
—Wohh, t’es teubé ou quoi? Tes fons’dé à la beuh là ou c’est parce que j’suis rebeu que tu fais genre tu captes nawak à ce que je dis?
Vous êtes complètement perdu. Vous vous demandez pourquoi deux personnes qui semblent s’exprimer en français «parisien» n’arrivent pas à être comprises par un autre francophone. Et bien, sachez que, comme le français québécois, le français de France est coloré de mots et d’expressions qui, malgré leur absence dans le dictionnaire, font de ce français une langue unique.

Prenons, par exemple, le verlan. Il s’agit d’un argot français qui consiste à inverser les syllabes des mots. C’est un genre de slang utilisé surtout dans les grandes villes françaises par les adolescents. Si on retourne à notre conversation du début, on remarque entre autre les mots «meuf», verlan de «femme», et «téma», qui vient de «mater», mot qui signifie «regarder» et que nous n’utilisons pas au Québec. Il est pertinent de mentionner que même le mot «verlan» est une inversion de syllabes: si on les remet dans le bon ordre, on obtient «l’envers».

À l’origine, le verlan a été créé afin que des groupes d’adolescents et de jeunes adultes ne puissent pas être compris par les autres. Par conséquent, il est logique que la plupart des mots concernés portent sur les drogues, le sexe et tous les autres tabous de la société contemporaine.

Certains mots en verlan ont maintenant été acceptés dans la langue française et apparaissent donc dans Le Petit Robert. Ce dernier précise toutefois qu’ils sont de registre familier. Quelques exemples sont «ouf» (fou), «zarbi» (bizarre) et «meuf». L’usage fait même parfois apparaître des mots qui sont le verlan d’un verlan, ce qu’on appelle communément le double verlan. En prenant le verlan «beur» (Arabe), on crée le double verlan «rebeu». Le même phénomène se produit avec «feumeu», double verlan de «meuf».

À travers mes différentes chroniques, j’ai essayé de démontrer que le français possédait une richesse lexicale rare. J’ai très souvent entendu des personnes dire qu’elles voulaient apprendre le « Parisian French » en croyant qu’à Paris, le français parlé était complètement standard. Chers amis, sachez qu’il est vrai que le français de Paris est une langue particulièrement jolie. Toutefois, d’après moi, la langue de Molière est magnifique justement parce qu’elle varie d’un endroit à l’autre. Il vous faut aller au-delà des dictionnaires et de vos cours de français afin d’être exposé à sa réelle beauté.

You can write to Joël at thefrenchconnection@mcgilldaily.com. Like reading in French? Why not read Le Délit? Find it on stands now.